Débats et analyses pour une refondation républicaine de la Gauche

Mercredi 10 Mars 2010

La pensée plate de Maurice Ulrich (éditorialiste à "l'Humanité")



Je reproduis ci-après le "billet de Maurice Ulrich" dans l'Huma du 11 décembre dernier.

"Que vient faire Vauban là-dedans", se demande Maurice Ulrich à propos de l'enjeu d'urbanisme et de l'exemple belfortain à partir desquels Jean-Pierre Chevènement a répondu à une question sur les Minarets ? "Que vient faire Vauban" en urbanisme et à Belfort ? "On ne le sait pas" répond Ulrich. Il n'est pas assez idiot pour que sa mauvaise foi ne soit pas ici évidente.

Ulrich affirme son attachement à la liberté religieuse. Il veut traiter également la liberté religieuse des musulmans et celle des chrétiens. Parfait.

Chevènement a-t-il dit autre chose ?

En quoi cela répond-il à la question des minarets ? Faut-il interdire les minarets parce que ce sont des minarets ? Non ! Au nom de la liberté religieuse. Faut-il les autoriser en violation des règles d'urbanisme, parce que ce sont des minarets ? Non ! Au nom de l'égalité de tous devant la loi, et de la laïcité, qui donne à la loi la force de s'appliquer dans l'espace public sans avoir à connaître de la religion !

Le règlement d'urbanisme d'une ville s'applique-t-il tant aux Eglises qu'aux Mosquées construites après sa promulgation ? Evidemment !

Alors où est le problème ?

Ulrich a très bien compris que Chevènement s'exprime avec un pur bon sens républicain.

Ce qui l'agace, c'est que Chevènement dissocie la question de la liberté religieuse et la question du vivre ensemble dans l'espace public. C'est donc la laïcité dans son principe même qui agace Ulrich.

Et si le vrai clivage passait entre les vrais défenseurs de la laïcité, et les partisans des religions, la division, au sein de ces derniers, entre tolérants et intolérants n'étant finalement que secondaire, une question de clan voire de rapport de forces ?

Cette gôche bien pensante, "tolérante", qui se jette à pieds joints dans tous les pièges de l'extrême droite, revendique l'emprise religieuse à condition qu'elle soit celle d'une minorité, alors que toute l'histoire de la gauche laïque est d'avoir fait reculer la religion dans la sphère privée, cette gôche là ne rend service ni aux croyants, ni aux autres. Elle se donne bonne conscience et le beau rôle !

Pour Maurice Ulrich, mieux vaut une pensée plate qu'une mosquée plate...

Le billet de Maurice Ulrich

Mosquée plate

Cachez ce minaret 
que je ne saurais voir. 
La contribution 
de Jean-Pierre Chevènement 
au débat ouvert après 
le référendum suisse tient de la célèbre phase de Molière. L’ancien maire de Belfort a rappelé l’initiative prise dans sa ville avec 
la construction d’une mosquée « horizontale ». Laquelle « s’est parfaitement intégrée dans le paysage urbain, malgré sa proximité 
avec les fortifications 
de Vauban ». Que vient faire Vauban là-dedans, on ne 
le sait pas, mais on peut imaginer mieux. La mosquée ultraplate, la mosquée camouflée recouverte d’une chape de béton ou 
de branchages, 
la mosquée souterraine, la mosquée pliante et tenant dans une valise… Jean-Pierre Chevènement, dont on sait qu’il est républicain et laïque, 
ne devrait pas se freiner. Pourquoi seulement 
les mosquées  ? Pourquoi pas les cathédrales horizontales  ?

Quel bonheur dans ces coulées de déclarations dont on s’étonne qu’elles puissent venir aussi de la gauche, de trouver une belle réaction d’une importante association juive américaine 
qui demande à la Suisse de « veiller au respect des libertés religieuses » et qui rappelle que « l’interdiction par référendum, il y a 
un siècle, de l’abattage des animaux 
selon les rites juifs, n’avait d’autre but 
que de faire partir 
les membres de 
la communauté 
de ce pays ».

Samedi 12 Décembre 2009
Patrick TRANNOY


Coups de Gueule | Coups de Coeur | Analyses | Rendez-vous