Débats et analyses pour une refondation républicaine de la Gauche

Jeudi 11 Mars 2010

Frédéric Mitterrand s'est, enfin, expliqué



Hier matin, je concluais ainsi une note sur cette polémique (reproduite intégralement ci-après) : "Je considère pour ma part qu'à tout le moins, Frédéric Mitterrand doit cesser d'éluder la question ". J'ajoutais : c'est "à l'aune de sa réponse [qu'] il faudra sans doute poser la question de sa démission".

Je n'imaginais pas que cette demande était à ce point en phase avec une attente forte des citoyens que le Ministre s'exprimerait le soir même sur Tf1.

Voici ce que j'en retiens :

1/ Il a enfin pris la mesure de l'enjeu moral et s'est expliqué
2/ Ainsi, il n'a pas donné plus longtemps le sentiment que la qualité de Ministre permettait d'échapper à toute responsabilité
3/ Il a clairement "condamné le tourisme sexuel et la pédophilie", et a affirmé n'avoir pas pratiqué cette dernière ; c'est le moins qu'on pouvait attendre d'un Ministre, censé incarner la Loi et la morale publique
4/ Il a renvoyé ses écrits à leur valeur littéraire.

Dès lors, et puisqu'il n'y a pas de vérité judiciaire à lui opposer, il a d'une certaine manière clos la polémique.

Deux remarques toutefois :

1/ L'un des arguments qu'il a utilisés, comme d'ailleurs Cécile Dufflot, est détestable : celui qui consiste à déplacer la polémique en s'indignant d'un amalgame entre homosexualité et pédophilie. Evidemment, homosexualité et pédophilie n'ont rien à voir ; c'est regrettable que M. Mitterrand et Mme Dufflot aient fragilisé cette évidence en l'énonçant pour faire diversion.

2/ Benoît Hamon, Patrick Bloche, et d'autres, ont eu raison de soulever la polémique : on ne peut pas faire comme si un Ministre pouvait ne pas incarner la Loi et la morale publique. Si un doute existe à ce sujet, il est légitime d'exiger qu'il soit levé, ou, au contraire, si une violation de la loi et de la morale élémentaire est établie, que le Ministre quitte ses fonctions.

Conclusion (provisoire peut-être) : on peut maintenant se concentrer sur des enjeux aussi essentiels que le chômage, la crise du lait, la crise de l'élevage, la crise du pouvoir d'achat, l'avenir du service public postal, de nos hôpitaux, de l'Ecole de la République, et j'en passe !



La polémique sur Frédéric Mitterrand est justifiée [note du jeudi 8 octobre]

Au risque de passer pour un archaïque, ringard, moraliste aux petits pieds, je m'associe à Benoît Hamon, Patrick Bloche, et tous ceux qui, sans pouvoir être suspectés de suivisme à l'égard du Front National, ont du mal à digérer les écrits de Frédéric Mitterrand. Pourquoi les dénoncer maintenant ? Parce qu'on n'est pas obligé de lire, en temps réels, toutes les exhibitions littéraires de la jetset.

Voici, selon le Nouvel Observateur en ligne, un florilège d'extraits problématiques du livre de Frédéric Mitterrand "La Mauvaise Vie" (éditions Robert Laffont, 2005). Que chacun en juge...

"J’ai pris le pli de payer pour des garçons (...) Évidemment, j’ai lu ce qu’on a pu écrire sur le commerce des garçons d’ici. (...) Je sais ce qu’il y a de vrai. La misère ambiante, le maquereautage généralisé, les montagnes de dollars que ça rapporte quand les gosses n’en retirent que des miettes, la drogue qui fait des ravages, les maladies, les détails sordides de tout ce trafic. Mais cela ne m’empêche pas d’y retourner. Tous ces rituels de foire aux éphèbes, de marché aux esclaves m’excitent énormément (…) On ne pourrait juger qu’un tel spectacle abominable d’un point de vue moral, mais il me plaît au-delà du raisonnable (…) La profusion de jeunes garçons très attrayants et immédiatement disponibles me met dans un état de désir que je n’ai plus besoin de réfréner ou d’occulter. L’argent et le sexe, je suis au cœur de mon système, celui qui fonctionne enfin car je sais qu’on ne me refusera pas."

Je considère pour ma part qu'à tout le moins, Frédéric Mitterrand doit cesser d'éluder la question en se focalisant sur Marine Le Pen et en dénonçant ses contradicteurs comme autant de suivistes du FN. Attaquer pour se défendre, c'est vieux comme le monde, mais il y a des limites. Il doit donc répondre au fond.

Et à l'aune de sa réponse, il faudra sans doute poser la question de sa démission.

Vendredi 9 Octobre 2009
Patrick TRANNOY


Coups de Gueule | Coups de Coeur | Analyses | Rendez-vous